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Tautologie

Mercredi 22 octobre 2008

Ce week end, bien que n'étant pas sponsorisé par Décathlon, c'était un peu le week end de la marche à pied.


Après le rallye des pintades samedi, dimanche, y'avais manif de prof.


Et moi je suis toujours partante pour user mes talons aiguilles sur les trottoirs parisiens, tu sais bien...

Ça doit venir de là qu'on me prend pour une pute régulièrement...



Pourquoi une manif un dimanche, me demanderez-vous.

Hé ben c'est bien simple les enfants :

On en a un tout petit peu marre de l'image « les profs ils sont toujours en vacances ou en grève ».


Qu'on s'entende bien : on a bien conscience qu'en se mettant en grève, c'est les parents qu'on emmerde.

Et c'est fait exprès.

Parce que bizarrement, quand le parent d'élève râle, sa parole a vachement plus de poids que celle de tous les profs réunis.

Sauf que parfois, le parent se contente de penser qu'on est que des gros cons de fainéants qui font chier, et il cherche pas à comprendre qu'on se bat pour l'avenir de ses gosses.

Alors on a voulu faire preuve de bonne volonté et on se bouge le cul un dimanche, avec des parents d'élèves pour nous soutenir.

On loue des cars pour venir de toute la France battre le pavé parisien.

Une manif nationale que ça s'appelle.

Parce que aussi, un Président qui fait de l'humour à un congrès de l'UMP en disant que depuis qu'il est élu, on n'entend plus parler des grèves et des manifs de profs, ben ça a tendance à énerver pas mal de gens.

Parce qu'il n'a pas tord.

Son ministre de l'Education enchaîne les réformes toutes plus débiles les unes que les autres, et c'est à peine si on en entend parler.

Même les syndicats sont hyper mous du genou sur cette action.

Et de toute façon, Xavier a bien dit qu'il demandait pas l'avis des profs pour les mettre en place. Genre au contraire, ça le rassure qu'on soit contre.

Alors à un moment, tu te dis que faire chier les parents et perdre une journée de salaire pour rien, c'est peut être pas utile.



Bref, dimanche, le prof de France, il était mobilisé contre la suppression de RASED.

Le rased, c'est pas qu'un sigle à la con comme l'Education nationale les affectionne.

Le rased, c'est le Réseau d'Aide Spécialisée aux Enfants en Difficulté.


C'est des psys scolaires, et des instits spécialisés qui sont sensés prendre en charge les difficultés d'apprentissages.

Bon déjà actuellement, les psys scolaires, elles ont en charge plus de 3 000 enfants chacune, faut pas trop avoir besoin d'elles pour autre chose qu'un enfant qui commet une tentative de suicide sous ton nez.

Mais au moins elles sont là.

Et même de loin, elles suivent les dossiers de nos petits perturbés, et elles sont hyper efficaces.

Les instits spé, elles prennent des petits groupes d'enfants, et elles ont des techniques magiques pour les faire entrer dans les apprentissages.

Et à force de patience, d'attention et de remise en confiance, elles arrivent à transformer des mollusques en individus apprenants.

Shazaaaam!


Hé ben toute cette belle population de professionnels indispensables, c'est fini.

A pu.

A partir de l'année prochaine, celles qui ont des classes banales n'auront plus que leurs yeux pour pleurer et leurs mains pour s'arracher les cheveux à essayer de débloquer les mollusques dans des conditions pas du tout propices.

Et celles qui ont choisi de se former et de se consacrer à la difficulté scolaire vont devoir reprendre des classes banales.


Parce que le ministre a décidé que puisque on avait toujours une grosse proportion d'enfants en difficultés, le rased ne servait à rien.

Et qu'en plus, on n'a qu'à pas se plaindre, il nous a forcé à mettre en place le soutien personnalisé.


Sauf que c'est pas du tout pareil.


Pour que tu comprennes bien, lecteur non estampillés Education Nationale, c'est comme si, d'un coup d'un seul, on décidait de supprimer tous les médecins spécialistes.


Moi je suis généraliste.

Je peux soigner pas mal de petits bobos.

Mais parfois, ton généraliste t'envoie consulter un spécialiste (dermato, gynéco ou cardiologue) pour régler un problème spécifique.


Ben là, on fait croire aux parents qu'en passant deux heures par semaines avec ton généraliste, t'aura pas besoin d'aller voir un oncologue.

Et on se fout bien de leur gueule.

Mais eux ils sont contents, parce qu'on est des généralistes sympas et qu'on essaye de les aider à coups de Doliprane ou d'Humex rhume.


Qu'on devrait pas, parce qu'on est contre et qu'on sait pas faire, mais qu'on est obligés parce que c'est la loi.


Alors,

après fuck l'enveloppe,

fuck le tableau,

j'ai été dire fuck ta loi à la con.

Par Nama
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Vendredi 10 octobre 2008

Au fond du trou des chaussettes du bourdon.

Le moral.


Je viens d'avoir connaissance de trucs glauco-gore au possible sur une de mes élèves.

Qui se fait pas violer que par son frère.

Elle a aussi un oncle et un cousin.

Et elle passe le week-end en « famille ».


Alors là, tout de suite, j'ai moyen  l'humeur humoristique, tu me pardonneras.

Et tu iras lire des conneries drôles ailleurs ou tu attendras bien sagement pour avoir la suite de mon histoire de Pussy Doctor.


Que je digère la boule dans mon estomac.

Que je sorte les doigts du cul à un procureur de la République.

Que je prenne une looooogue douche.

Que je torture deux ou trois pédophiles, leur passant les couilles à la moulinette et leur débitant la pine en rondelles.

Que j'enlève un peu de ce poids sur mes épaules.

Que je passe la soirée en tête à tête avec ce que je pourrai trouver de plus débile à la télé.

Que je remette du gloss.



Et que je revienne en nichons, bas coutures et rigolade.

 

 


Par Nama
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Dimanche 28 septembre 2008
Je vais vous passer les détails, mais après la merdique day, c'était pire :

 

Un petit enfant de 7 ans, qui a un sida déclaré depuis 2 ans, a trouvé que c'était une bonne idée de griffer et de mordre au sang ses petits camarades.

 

Convocation des parents du gosse mordu, explication de la situation, nécessité de faire un test et de le coller sous trithérapie pour au moins 6 mois, pétage de câble de parents, la mère effondrée, le père en rage...

 

A nous d'encaisser et de gérer ça, d'assumer pour les gens responsables.

Parce qu'au fond, les responsables c'est un peu la circonscription sociale, la pmi, le procureur, qui donnent pas suite à tous les signalements qu'on fait.

 

Grosse situation dans l'école, parce que c'est juste la 6ème famille qu'on a dû mettre au courant après des « agressions », que tout le quartier est maintenant au courant, et que ça va très bientôt finir en lynchage.

 

Seul espoir : la situation est tellement grave que tous les services concernés ont l'air d'enfin se bouger le cul...

 

J'ai le grand frère du sérial mordeur dans ma classe depuis l'année dernière, et depuis un an, je m'énerve  et me désespère.

Les enfants ne sont pas soignés à cause du père qui décrète que la maladie n'existe pas.

Les enfants ne sont pas dans des structures adaptées parce que le père est un gros con agressif.

Les parents sont déficients intellectuels.

Les enfants ont été testés à 50 de QI chacun.

A 70 t'es considéré comme débile profond.

Tellement en difficulté qu'ils sont hypra violents.

Violence + sida = mauvais ménage en collectivité.

L'an dernier, avec moi, le grand frère a réussi à apprendre à lire et à se tenir à peu près correctement.

J'ai réussi à instaurer avec lui une relation privilégiée avec des vrais morceaux de confiance et de respect dedans.

Ça pourrait bien rester une des grandes fiertés de ma « carrière ».

Mais maintenant, ce dont il a besoin, c'est de soins, et d'être écarté de sa famille pour un temps.

Je peux essayer de continuer à le socialiser, à lui apprendre à parler, à demander avant de prendre et de taper, à lui apporter un semblant de structure mentale et affective, mais je sais que ça ne suffira pas.

 

Alors, des soirs, ça me colle un peu le moral au fond des escarpins.

Du coup, j'applique la shooes thérapie.

Ca marche très bien en général.

Du coup, vendredi soir, j'ai été faire un tour chez les voleurs marchands de chaussures.

Et j'ai trouvé une paire de richelieues exactement comme j'en cherchait depuis l'hiver dernier.

Et en les essayant, je me suis rendue compte que ça m'allait pas du tout parce que ça faisait des grosses chevilles...

Désepoir.

J'ai fini par rentrer me  petit suicider à coup de Pralines and cream.

 

 

Et puis, bon,

peut être que je retournerai les essayer

quand j'aurai moins le bourdon

quand même.

C'était peut être une illusion d'optique...

 

 

PS: ma coupine Loutre passe la semaine chez moi, et je suis bien contente

PS2: J'ai payé mon cul pour la mosaïque de Gallïane, et je suis bien contente du résultat (venant de moi, c'est pas peu dire...)

Body WhispersRecommandé par des Influenceurs

Et toi? D'où qu'il est ton cul, le gens?

 

 


Par Nama
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Jeudi 25 septembre 2008
Le merdique day commence à 5h du mat, quand j'ai été réveillée par un atroce mal de crane.

Déjà, juste t'as envie de dire : Gros con de corps !

D'où tu peux pas attendre que le réveille sonne pour avoir mal ?

D'où la douleur ça réveille en pleine nuit ?

Avec forcément, le dilemme si je me lève pour prendre un cachet, ça va achever de me réveiller, mais en même temps, là, je me rendors pas...

 

Evidement, c'est quand tu finis par t'assoupir que cette connerie de réveil te vrille la tête.

Mais ça c'est classique et je m'y attendais depuis le moment où je me suis réveillée.

 

 

J'arrive donc en présence de mon zoo avec un fort syndrome céphalo-rectal.

Une matinée de bonheur, à jeter en l'air le premier qui parlait un peu fort.

Et y'avait promotion sur l'anecdote palpitante hors sujet aujourd'hui...

 

Pour ceux qui ne sauraient pas, voici le principe de l'anecdote palpitante hors sujet :

1/ T'as bossé pendant deux heures à préparer une leçon qui déchire « C'est quoi donc un verbe » (par exemple)

2/ T'es à fond, tu joues le sketch, tu rames un peu, tu déroule le fil de réflexion, et tu tente de conclure : les enfants, alors, c'est quoi donc un verbe ?

3/ Une main se lève. L'enfant veut aller aux toilettes.

4/ Une autre main se lève.

« Hé ben....

  hé ben....

ben...

maîtresse ?

tu sais...

ben moi, 

hier,

ben dans la rue,

z'ai vu un chien ! »


5/ Moment de solitude...

 

Je me disais que j'allais pouvoir souffler à midi.

Que nenni. Y'avait cantine.

Et à la cantine, y'avait un menu tip top :

Mayonnaise avec un peu de céleri et de carottes noyées dedans

Œufs durs reconstitués béchamel

Branches d'épinards Epinards en branche béchamel

(la béchamel de la cantine, elle a une consistance et une couleur suspecte, et me traite pas de lubrique tout de suite, j'ai pas poussé l'investigation jusqu'au bout, j'ai pas gouté...)

Tarte aux pommes béchamel avec des vrais bouts de pomme encore congelée dedans et des poils de culs de pomme (qu'il a fallu convaincre l'enfant que c'était pas des mouches mortes...)

 

 

J'ai mangé ma tranche de « fromage des dames » et mon quignon de pain.

C'était chouette.

J'ai passé l'après midi à me baigner dans le prout d'enfant.

C'était encore plus chouette....

 

 

A défaut d'une pause, à la récré, j'étais de surveillance, j'ai au moins pu respirer un peu...

Sauf qu'un débile enfant de 8 ans a attaqué la double vitrage à coups de tête.

C'est sa tête qui a gagné.

Même pas une égratignure.

Il a explosé le double vitrage antieffraction...

On se demande encore comment...

 

Pourquoi ?

Ha non, pourquoi, on a fini par savoir :

Il avait trainé la figure d'un « camarde » sur quelques mètres de béton, avait été puni à proximité de la fenêtre en question, et « pour pas taper la maîtresse qui m'avait puni, j'ai tapé dans la vitre avec ma tête. Mais non, j'ai pas mal, de toute façon, je sens rien... ».

(en rose pastel, ça fait une peu plus bisounours nan?

Nan...)

 

J'avais pas suivi le début de l'histoire parce que j'essayais d'apporter un peu d'aide ou au moins de réconfort, à une jeune collègue au bord du nervous breakdown, qui se fait ballader par mes anciens monstres...

Mais comme c'est moi qui ai vu la fenêtre explosée, j'ai dû sécuriser les lieux, isoler le psychopathe, mener l'enquête et remplir la paperasse...

(en même temps, jeme plains pas, c'est pas à moi qu'a échu la tâche d'expliquer pour la millième fois depuis trois ans, au papa du psychopathe qu'il serait bon d'entreprendre une thérapie pour que le gosse soit un peu moins en souffrance, et qu'il apprenne un chouia à gérer sa colère...

 

Après ça, les enfants abandonnés à 18 heures, c'était pipi de chat, mais c'était aussi un peu la goutte d'eau.

Ha non, la goutte d'eau, c'est les deux heures de corrections que je viens de me manger...

 

Le pire en fait,

c'est que demain,

je remets ça,

et avec le sourire en plus...

 

 

J'aime mon travail.

C'est grave docteur?

 

Par Nama
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Mardi 16 septembre 2008
bordel de merde mais quel connard!

il a jamais mis les pieds dans une école ou quoi?


Par Nama
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Dimanche 14 septembre 2008

Bon, il est temps que j'enfile à nouveau mon costume de râleuse pour vous raconter combien l'administration de l'Education Nationale est inepte.

Nationale, ça veut dire de ton pays, tu sais, alors faut tu préoccuper un peu de l'avenir de la France, mon ami.

Oui, même toi là bas, arrivé ici « par hasard » alors que tu cherchais des poils sous la culotte, des histoires de jeunes garçons en slip qui bandent (les slips ?!?), des psychopathes en vêtements, et de la fessée fesses grasses...

 

T'as bien vu que depuis notre nouveau président, c'est la fête à la réforme débile.

Ben, entre autres conneries, pour les écoles, un imbécile jamais sorti de son bureau s'est dit que ça serait une bonne idée que les grumeaux français apprennent à parler anglais dès le CP.

Parce que ça suffit de se payer la honte dans les classements internationaux avec un enseignement des langes tout pourave.

Rapport aux scandinaves et à peu près au reste du monde, tout ça.

 

Bon, à 6 ans, les enfants, ils ont pas encore bien fini d'apprendre à causer la France, mais c'est pas grave, ils auront qu'à apprendre à causer l'américain en même temps, ça leur sera plus utile.

 

Enfin, une fois qu'on à eu une si brillante idée, faut se pencher sur sa réalisation concrète.

Et là, y'a eu comme un couac.

 

En même temps, ça fait un moment que ça leur trotte dans la tête cette chose d'apprendre l'anglais de plus en plus tôt.

 

Genre à l'époque où j'ai passé le concours, on nous incitait très fortement à prendre une option anglais.

Si t'avais plus de 14 à l'exam, on t'estimait apte à enseigner une langue étrangère.

Bonjour le niveau des pédagogues, au passage, qui considèrent que si tu sais parler une langue, tu sais l'enseigner...

Moi, parce que je suis une chieuse, j'avais pas choisi cette option là...

 

 

Un peu plus tard, ils ont décidé de la coller de manière obligatoire à tout le monde cette option langues étrangères.

Tous les nouveaux enseignants sortants étaient donc aussi capables d'enseigner une langue.

Mais il leur restait un sacré paquet d'instits et de prof des écoles, de Muguettes et de Virginies, d'Henry Dès et de Marlène Jobert, qui ne baragouinaient pas un mot en étranger, et c'était bien embêtant parce que dans une éducation nationale, tous les grumeaux sont sensés bénéficier du même enseignement.

 

En tant que personne ayant deux sous de bon sens, tu t'imagines qu'ils ont lancé un grand plan de formation en langues.

Le bon sens, tu sais,

on connait pas dans les hautes instances de l'EN.

Alors on a juste essayé de forcer les instits à passer un examen pour être habilité à enseigner l'anglais.

Encore une fois, bonjour la pédagogie...

Encore une fois, je suis une chieuse, j'ai toujours refusé d'y aller, le principe est trop débile, alors que bon, en anglais de l'étranger, je me débrouille largement assez...

 

 

Maintenant que Darcos a rendu l'enseignement de l'anglais obligatoire dans toutes les classes, ils sont bien emmerdés avec leurs profs qui causent pas étranger.

Alors depuis cette rentrée, on a basculé dans le surréalisme le plus absolu :

Si t'es habilité à enseigner l'espagnol ou l'allemand, ben t'es obligé de faire de l'anglais dans ta classe.

Et si t'es habilité à enseigner aucune langue, ben t'es obligé de faire de l'anglais dans ta classe.

 

De toute façon, le recteur de l'académie la plus grande d'Ile de France, il a dit que « l'accent, c'est pas important » et que « maintenant, il existe des sites très bien pour se former à l'anglais sur internet ».

C'est vrai quoi, de quoi se plaint-on, les profs ils ont qu'à se former tout seuls à parler étranger ; et puis enseigner une langue, c'est pas sorcier, c'est finger in ze noze, d'où que les chercheurs ils disent que ça nécessite une approche particulière ?

 

Et pour couronner le tout, politique départementale :

Tout enseignant est censé être apte à l'enseignement de l'anglais sauf s'il se manifeste auprès de l'inspection pour demander une formation et s'y engager

 

Tu comprends la logique toi ?

T'es pas formé et nul en étranger, t'enseignes l'étranger.

T'es pas trop nul et tu demandes une formation, c'est bon, attends un peu avant d'enseigner l'étranger.

C'est implacable non ?

Alors moi, je me demande pourquoi que je me ferai chier à laisser ma classe pour aller me former à dire bonjour à connaitre les couleurs en anglais, pour retrouver mon zoo sans dessus-dessous et passer un exam où qu'on s'en fout de l'accent parce que c'est pas important.

Je vais plutôt continuer à enseigner l'anglais de manière illégale.

Où va la France, je vous le demande Mme Michu?

 

Par Nama
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Mercredi 10 septembre 2008

Et voici le billet spécial Mr Jailazigounequibrule.

Alias Momo.

Essspès pour Cervoise.

Elle a demandé de ses nouvelles.

Parce que j'en parle déjà là.

 

 

Môôôôôsieur passait son temps à se tirer sur la nouille en classe.

Plus particulièrement quand il s'approchait de moi...

D'où une année de dilemme à me demander si il aimait se faire de bien en public ou si il avait un problème au zguègue.

Dans le doute, j'ai proposé aux parents de vérifier qu'il n'y avait rien de médicalement problématique.

Il est revenu avec une paire de lunettes, et a continué à s'astiquer le trilili.

Et nous nous sommes séparés pour les vacances avec sur les épaules le poids de cette incertitude.

Et laisse moi te dire qu'au milieu de mon été, entre l'inondation et le servage, ça m'a pesé !

 

Quelle ne fut donc pas ma joie de le revoir porter la main à sa braguette dès le jour de la rentrée...

Après deux mois de vacances, j'ai retrouvé mon zoo intact.

Joie.

 

 

 

Au détour d'une division (oui, parfaitement, à 7 ans, l'enfant apprend la division, il en est capable, c'est M. Darcos qui l'a dit, et comme pour moi, les programme sont paroles d'évangiles, j'y ai collé mes élèves dès la rentrée, pour plaire à mon ministre)...

 

Au détour d'une division, donc, Momotouche Pipi m'informe qu'il va bientôt déménager.

Ouais, ouais c'est ça, que j'y dis.

Tu t'es gouré en recopiant le dividende, recommence, espèce de sot !

Oui, d'une, l'enfant est menteur et raconte n'importe quoi ;

Oui, de deux, j'y parle mal, c'est pour qu'il me respecte, qu'il a dit Darcos.

 

 

 

Un peu plus tard, c'était « Choucroute de la mer » à la cantine, une spécialité de notre banlieue parisienne, avec dedans du poisson dégueulasse qui n'existe pas dans la réalité hors collectivité scolaire : le hoki.

Je vibrais d'allégresse devant ce bon repas, savouré en compagnie de 128 enfants hystériques dans une grande pièce qui résonne.

 

On vint m'annoncer que Mr Sefrottelaquéquette avait eu un accident.

Je l'imagine ayant fait visiter à la sauce de hoki l'étendue de son tee-shirt.

« On » ricane.

« On » me dit : il a fait caca dans sa culotte, il veut plus s'asseoir.

Je trouve ça un peu trop énorme pour une blague.

« On » est nul, à 7 ans, l'enfant ne se fait plus caca dessus.

 

Je demande donc à J'mepaluche ce qui s'est passé.

« Hé ben, hé ben, j'étais entrain de manzer.

Et puis ben z'ai eu envie de faire prout.

Alors bah z'ai fait un prout.

Mais y'a du caca qui est sorti. »

 

Tout ça avec l'air le plus ingénu comme si c'était tout naturel.

J'ai remis du gloss, parce que faut faire gaffe à ses réactions dans ces cas là, fous lui la honte du sphincter et il deviendra un sociopathe qui découpera en rondelle les dames à gros nénés...

On sait jamais...

 

Alors j'ai poussé plus loin l'investigation :

Mais tu n'es pas allé aux toilettes te nettoyer ? que je demande, suggérant par-là même que si c'était pas fait, ça pourrait être une bonne idée, et qu'il n'y avait pas moyen que j'y foute les mains.

Ben si, mais j'ai pas y arrivé.

Soit.

Je vais aller appeler ta maman alors.

Hein, tu t'assois pas, s'il te plait, tu manges debout, d'accord...

 

 

Finalement, le papa est venu, lui a apporté de quoi se changer, et en a profité pour m'annoncer que le lendemain, son Jaimemefrotterlentrejambe de fils irait dans sa nouvelle école.

 

Merci pour le cadeau :

Un caca-culotte pour son dernier (et mon premier) jour !

 

 

Par Nama
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Mardi 9 septembre 2008

Quand même, cette rentrée, c'est aussi mardi matin, les ptits nenfants qui courent vers moi, en sautillant de joie et me couvrant de caresses de bras ou de cheveux (oui, l'enfant est un individu tactile, parce que quand on est sale et plein de microbes, on aime les partager).

Ils étaient tout contents que je sois leur maîtresse pour une année encore.

Et moi aussi du coup.

J'ai été bien surprise de voir du sourire ravi et même de la larmichette de joie chez le parent, plutôt bien content que je suive ma classe.

Et ça fait bien plaisir ma foi, dans ce monde ingrat...

 

 

Et aussi, cette semaine, ça a été un arrivage de petites jeunettes fraichement sorties de formation et qu'on balance sur du CM2 en zep, la veille de la rentrée...

Moi y'a 6 ans...

J'ai bien reconnu le regard paniqué et les moulinets avec les bras...

Alors j'ai proposé mon aide.

Du concret, des trucs préparés, qui dépannent instantanément.

L'œil s'est fait plein de gratitude.

Et la jeune fille a dit :

« Merci MADAME ! ».

 

Genre comme on disait à une prof un peu sympa qui nous filait un coup de main quand on était au collège...

Ou alors ça se voit que je suis vraiment fatiguée, et j'ai pris 20 ans...

 

 

J'aurai pu le prendre mal.

Mais j'ai trouvé ça mignon.

Ayé, je crois que je suis plus une débutante.

 

PS: c'est une conspiration

sur 6 nouveaux collègues, 5 filles, 1 garçon.

Il est moche et il dit pas bonjour.

Elles sont presque toutes des bombasses sympas...

C'est bien joli à regarder, c'est sur, mais bon, quand même quoi ...

 

Par Nama
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Lundi 8 septembre 2008

Voilà donc une semaine que l'école a repris.

Déjà une semaine.

Seulement une semaine.

 

Une semaine à être devant les élèves de 8h30 à 18h30, avec une glorieuse pause de 10 minutes après la cantine...

Et tu fais quoi quand t'as que 10 minutes de pauses dans ta journée, hein ?

Ben je te le donne en mille, Emile (le tueur) * :

Tu fais la queue aux waters.

 

L'éducation nationale, sponsorisée par Tena.

Parce que oui, l'incontinence ouvre les bras à notre grande corporation, à pas pouvoir pisser quand on veut et à se retenir pendant plus de 10 heures. Et c'est un problème grave, m'sieurs dames !

Faudra que je propose une grève pour le droit au pipi d'ailleurs...

C'était la minute glamour de la semaine, et ça a changé ta vie, j'en suis sure.

Tout ça, c'était pour dire, que quand tu t'es levée à 6h30, et que tu rentres à 19h30, la vessie et la tête pleine, tu regrettes un peu les vacances...

Surtout quand t'as encore deux - trois bonnes heures de boulot pour préparer ta journée du lendemain...

 

Sauf qu'en fait, non, la migraine en a décidé autrement, et qu'à 20h30, t'es couchée...

Vive la nonagénaire attitude !

 

Et comme t'as mourru la veille, t'es un peu en galère et tu te lèves plus tôt pour prévoir du boulot, et vazy que tu cavales toutes la journée...

Pour finir un peu plus sur les rotules...

 

 

Bon, ok, là tout de suite, ça se voit moyen, mais j'aime mon boulot hein !

T'as qu'à voir, je lui sacrifie ma vessie, mes chevilles, mes soirées et ma vie sociale...

Et je vous aime aussi, puisqu'il est déjà 22h...

Bonne nuit

* balgues certifiées "manque de sommeil"

Par Nama
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Samedi 23 août 2008

 

Comme tu le sais peut-être, ou peut- être pas (mais dans ce cas va lire mon coming out, sinon tu vas rien comprendre), je veux des sous.

 

Outre que je me retrouve à éponger des murs qui ruissèlent et un plafond qui pleut au lieu de partir en vacances, ben je me vois dans l'obligation de travailler depuis maintenant deux semaines.

t'as vu, y'avait promo sur l'auto linkage chez Mammouth ce matin

 

 

Je vais dans l'intérieur de la maison des gens et je torture des chtites nenfants en les faisant travailler pour me venger d'avoir à bosser aussi pendant mes vacances.

En fait, je leur fait croire que je les aide à se remettre à niveau avant la rentrée.

Sinon, tu penses bien que leurs parents me donneraient pas de sous.

Ils s'en tirent très bien tout seuls pour martyriser leurs enfants.

 

C'est rigolo d'aller dans le dedans de chez les gens, ça fait comme regarder par le trou d'une grosse serrure et voir un petit bout de leur vie.

Et la semaine dernière, c'était assez étrange, parce que j'avais deux élèves :

Le matin, j'allais chez Kévin, un HLM pourri de banlieue, une maman assistante maternelle entourée de marmaille, les devoirs devant la télé et pas mal de difficultés.

L'après midi, j'allais chez Paul, maison avec jardin en centre ville de banlieue chic, maman distinguée qui part faire son tennis pour nous laisser bosser, peu de difficultés mais l'envie d'améliorer ses notes dans un collège de bourges.

 

J'aurais aimé vous dire que Kévin est super attachant, et que Paul est un petit con pourri par le fric.

J'aurais aimé vous dire que bosser pendant les vacances a vraiment aidé Kévin mais pas Paul parce qu'il n'en a pas besoin.

 

Mais la vie est une pute.

Les problèmes de Kévin ne se règleront pas en 12 heures de cours particuliers. Il ne préfèrera pas subitement lâcher ses consoles de jeux pour se mettre à bosser sa grammaire. Il ne prendra pas soudainement conscience qu'il joue les immatures pour que sa mère s'occupe de lui comme elle s'occupe des petits qu'elle garde. Elle non plus. Et je ne changerai pas leur vie.

 

Et oui, Paul est un gamin infiniment plus sympa et intelligent. Oui, il a bénéficié d'une ouverture sur le monde qui lui a permis de développer un sens de l'humour tout en finesse.

 

Paul est plutôt bon élève, plutôt motivé, mais il esquiverait bien quelques minutes de boulot.

Alors Paul me raconte sa prof de français, qu'il a décidé de boycotter parce qu'elle est trop vieille et moche.

Son collège avec les clans de djeuns et leur univers impitoyable.

Sa passion pour Tolkien, découvert en CM1 et le métal, qui lui confère un statut particulier parmi les tribus d'élèves assidus qui essayent de se donner des airs de cancres.

Son père, qui l'a traité de dégénéré parce qu'il voulait coller un écusson à tête de mort sur son sac, et lui qui revient triomphant avec la définition du dictionnaire pour lui prouver qu'il a tort.

 

Je sais bien qu'il essaye de gagner du temps pour pas galérer en anglais. Mais je l'écoute, juste deux minutes.

Parce que si je ne le laisse pas parler, il y pensera plutôt que de bosser et parce qu'honnêtement, il n'a pas vraiment besoin de ces cours.

Mais je ne quitte pas mon air sévère et concentré de professionnelle de la torture infantile.

 

 

Alors Paul me pose des questions.

Il demande des nouvelles de mon chat, si j'ai des enfants, quel genre de musique j'écoute, quels films j'aime aller voir...

Paul insiste sur le fait que si il ne bossait pas en français, c'est parce que ça prof était décidément trop moche et vieille, alors que là... ben il bosse bien et il comprend tout...

Paul est charmeur.

Paul a déjà une grosse voix.

Paul me lance des regards.

Paul a encore une semaine de cours avec moi.

Paul a 12 ans.

Paul me drague.

 

 

 

Par Nama
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